L'ancienne procureure américaine Joyce Vance tire la sonnette d'alarme : la menace pesant sur le vote par correspondance cet automne ne s'arrête pas à la Maison Blanche. Dans sa dernière newsletter, l'analyste juridique soutient que, même si le président Donald Trump pousse un décret exécutif pour restreindre les bulletins de vote par correspondance, la Cour suprême pourrait se préparer à elle seule à jeter la mécanique électorale nationale dans le chaos.
L'affaire que Vance signale est Watson, un litige du Mississippi portant sur la question de savoir si les bulletins envoyés par la poste avant le jour du scrutin mais arrivés après peuvent encore être comptabilisés là où la loi de l'État le permet. Une décision allant à l'encontre de cette pratique, prévient-elle, pourrait modifier la date limite pour les bulletins de vote par correspondance de millions d'Américains et bouleverser les procédures dans plus de 30 États. Elle souligne qu'il s'agit d'une question distincte du décret de Trump, ce qui en fait un second front dans la même guerre sur la façon dont et quand les Américains peuvent voter.

Dans l'article, Vance soutient que la cour a déjà montré sa volonté de perturber ce cycle électoral. Elle pointe du doigt les juges qui ont « vidé de sa substance » la loi sur les droits de vote dans ce qu'elle appelle la « honteuse décision Callais », une décision qui, selon elle, a déclenché à la fois le chaos du cycle électoral et ce qu'elle décrit comme « une course vers le bas en matière de gerrymandering » en approuvant un redécoupage de dernière minute ciblant les communautés de couleur.
Pour expliquer les enjeux des batailles autour du vote par correspondance, Vance s'est tournée vers sa collègue du Brennan Center, Wendy Weiser, l'une des avocates contestant le décret de Trump. Weiser expose un point constitutionnel fondamental qui traverse à la fois le contentieux et la préoccupation plus large : l'autorité d'établir les règles des élections fédérales appartient au Congrès et aux États, non au président. La Constitution confie également la supervision du service postal au Congrès, note-t-elle, ce qui explique pourquoi un décret ordonnant à l'USPS de refuser la livraison de bulletins valides apparaît aux contestataires comme manifestement illégal.
L'article situe l'inquiétude concernant la Cour suprême dans ce que Weiser appelle une « campagne concertée et à plusieurs volets » visant à saper les élections de 2026. Cette campagne, selon son récit, englobe des efforts pour faire pression sur les États concernant leurs listes électorales, des enquêtes visant les groupes de mobilisation des électeurs, et désormais la réglementation du vote par correspondance lui-même, le tout étant, selon elle, conçu pour éroder la confiance du public et décourager la participation électorale.
Vance ne présente pas les tribunaux uniquement comme un danger, et c'est en partie pourquoi la posture de la haute cour l'inquiète tant. Elle note que les tribunaux inférieurs ont à plusieurs reprises bloqué l'administration, citant huit tribunaux qui ont rejeté les demandes du département de Justice dans des poursuites visant les listes électorales, y compris des décisions de juges nommés par Trump. La magistrature inférieure, en d'autres termes, a été un contrepoids fiable. La question ouverte qu'elle soulève est de savoir si la Cour suprême jouera ce même rôle ou deviendra au contraire une autre source de désordre.
Sa conclusion est que les électeurs ne peuvent pas supposer qu'une seule institution protégera le processus pour eux. Vance exhorte ses lecteurs à établir un plan concret pour voter, à vérifier leur inscription, à voter tôt si possible, et à résister aux théories du complot qu'elle s'attend à voir se multiplier. Elle présente la décision Watson comme une variable imminente qui pourrait remodeler les règles en cours de cycle, et clôt la discussion plus large sur l'avertissement que, avec à la fois le pouvoir exécutif et potentiellement le pouvoir judiciaire en jeu, la sauvegarde du vote repose désormais largement sur les citoyens ordinaires.


